"Music is the cup that holds the wine of silence. Sound is that cup, but empty. Noise is that cup, but broken.”

Robert Fripp


22/09/2016

Symphonie du monde



C’est dans la nouvelle "Le Roi-Lune" que Guillaume Apollinaire imagine que la captation de sons recueillis simultanément dans de nombreuses villes étrangères formerait une "Symphonie du monde".

Publiée tout d'abord en plaquette, cette nouvelle a été reprise en 1916 dans "Le Poète assassiné". Le flâneur découvre, dans une caverne des Alpes Bavaroises, le roi Louis II de Bavière cultivant toujours le lunatisme de façon fort honorable pour un dément mort quelque temps auparavant... Il y est question de complexes machines permettant d'avoir des relations sexuelles avec des corps surgis du passé, et aussi de ce grand mix qu'est la "Symphonie du monde". Un récit fort proche de la notion de "machine célibataire".

 
Portrait de Guillaume Apollinaire par Pablo Picasso


"Le Roi Lune"   texte intégral en document téléchargeable
&
ci-dessous, extraits

"...
Autour de la salle, de grands pavillons de cuivre sortaient de la muraille.
Le curieux personnage … était assis devant un clavier sur une touche duquel il appuya d'un air las et elle resta enfoncée, tandis qu'il mutait d'un des pavillons une rumeur étrange et continue dont je ne distinguai d'abord pas le sens.
L'inconnu écouta un moment avec attention ces rumeurs. Tout à coup il se leva, et, faisant un geste à la fois efféminé et théâtral, la main droite étendue, la gauche sur son cœur, tandis que des sites oraux s'avançait le cortège, il s'écria :
« Royaume ermite ! ô pays du Matin Calme ! l’aube pointe à peine sur ton territoire et déjà de tes couvents montent les prières dont cet appareil précis m'apporte le murmure. J'entends le bruissement des vestes en papier huilé des gens du peuple, l'orage des aumônes pleuvant parmi les bousculades des pauvres gens. Je t'entends aussi, cloche de bronze de Séoul. Dans ta voix on distingue la plainte d'un enfant. J'entends aussi un cortège, il suit son beau seigneur, l'Yang Ban magnifique sur sa selle.
…..
je compris que les bruits qui parvenaient jusqu'à nous évoquaient l'atmosphère heureuse du Japon au moment de l'aurore.
Les microphones perfectionnés que le roi avait à sa disposition étaient réglés de façon à apporter dans ce souterrain les bruits les plus lointains de la vie terrestre. Chaque touche actionnait un microphone réglé pour telle ou telle distance. Maintenant c étaient les rumeurs d'un paysage japonais. Le vent soufflait dans les arbres, un village devait être là, car j'entendais les rires des servantes, le rabot d'un menuisier et le jet glacial des cascades.
Puis, une autre touche abaissée, nous fûmes transportés en pleine matinée, le roi salua le labeur socialiste de la Nouvelle-Zélande, j'entendis le sifflement des geysers au jaillissement d'eaux chaudes.
Ensuite, ce beau matin se continua dans la molle Taïti. Nous voilà au marché de Papeete, les lascives vahinés de la Nouvelle-Cythère y erraient, on entendait leur beau langage guttural et presque semblable au grec antique : on entendait aussi la voix des Chinois qui vendent le thé, le café, le beurre et les gâteaux ; le son des accordéons et des guimbardes...
Nous voici en Amérique, la prairie est immense, une ville sans doute a surgi, autour de cette station d'où repart le pullman dont, de concert avec le roi, j'entends le sifflement.
Bruits terribles de la rue, tramways, usines, il paraît que nous sommes à Chicago, à l’heure de midi.
Nous voici à New York, où chantent les vaisseaux sur I'Hudson.
Des prières violentes s'élèvent devant un christ à Mexico.
Il est quatre heures. À Rio de Janeiro passe une cavalcade carnavalesque. Les halles de caoutchouc, lancées par des mains sûres, s'aplatissent avec bruit sur les visages et répandent les eaux de senteur comme les alcancies moresques d'autrefois, plic, ploc, rires, ah !ah !
C'est six heures sur Saint-Pierre-de-la-Martinique, les masques se rendent en chantant dans les bals décorés de grosses fleurs rouges de balisier. On entend chanter :
Ça qui pas connaîte
Bélo chabin ché,
Ça qui pas connaîte
Robelo chabin.
Sept heures. Paris, je reconnus la voix aigre de M. Ern.st L. J., car le microphone, comme par hasard, aboutissait dans un café des grands boulevards.
L'angélus sonne au Munster de Bonn, un bateau chargé d'un double chœur chantant passe sur le Rhin, se rendant à Coblence.
Puis ce fut l'Italie, près de Naples. Les voiturins jouaient à la mourre, par la nuit étoilée.
Alors vint la Tripolitaine où, autour d'un feu de bivouac. M. r.n.tt. s’exerçait à parler petit nègre, tandis que les troupes de la maison de Savoie l'entouraient martialement, prêtes à le défendre en cas d'agression improbable et tiraient quelques feux de salve onomatopéiques, cependant que de poste en poste à travers le camp se répondaient les sonneries des clairons.
Une minute après, dix heures ! Sont-ce des mendiants qui se plaignent, qui gémissent avec tant d'ardeur ?
« C est la voix d'Ispahan qui arrive jusqu'à moi, issue d'une nuit noire comme le sang des pavots. »
Et tandis qu'il y songe, c'est l'odeur des jasmins que j'imagine.
Minuit !un pauvre pâtre crie dans un désert glacé : c'est l’Asie nocturne d'où le mal s'étend sur le monde.
Des éléphants barrissent. Une heure du matin ! C’est l'Inde !
Puis le Tibet. On entend sonner les cloches sacerdotales.
Trois heures : le bruit des milliers de barques s’entrechoquant avec douceur sur les bords du fleuve à Saïgon.
Doum, doum, boum, doum, doum, boum, doum, doum, boum, c'est Pékin, les gongs et les tambours des rondes, les chiens innombrables qui glapissent ou aboient mêlant leurs voix au lugubre bruit des rondes. Un chant de coq éclate, annonçant l'aube qui, livide, abandonne déjà la blanche Corée.
Les doigts coururent sur les touches, au hasard, faisant s'élever, simultanément en quelque sorte, toutes les rumeurs de ce monde dont nous venions, immobiles, de faire le tour auriculaire." ...


 
Jean Metzinger, 1911, 
Etude pour le portrait de Guillaume Apollinaire


17/09/2016

Match

http://www.mauricio-kagel.com/

"Match" est un film réalisé par Mauricio Kagel en 1966.

Créé pour 3 interprètes, "Match" date de 1964 et a été joué pour la première fois à la Radio de Berlin. A l'origine de cette oeuvre, un rêve répétitif et précis de Kagel lui-même, qu'il consigne soigneusement de façon surréaliste.
Les deux violoncellistes ont un jeu sportif, tandis que le percussionniste semble tenir le rôle d'un arbitre confus et défaillant. Surprenant parfois, la contradiction entre les gestes des musiciens et le résultat sonore, traités indépendamment et donc pas toujours synchrones à l'image.

For 3 performers, "Match" was created in 1964 and played for the first time at the Berlin Radio. At the origin of this work: a repetitive and precise surrealistic dream that Kagel had himself.
Both cellists play a sport game, while the drummer have the role of a confused and failed referee. Sometimes surprising is the contradiction between the actions of the musicians and the resulting sound, processed independently and therefore not always in sync with the image.


Scénario, musique et réalisation: Mauricio Kagel
Interprètes: Christopher Caskal, percussion, Siegfried Palm & Klaus Storck, violoncelles.
Images: Karlheinz Baumgärtner
Montage: Diana Chlumskt

Ici la version courte de 21 minutes datant de 1971.
(La version longue durait 27 minutes)

12/09/2016

A fingers' dance


 !!!
Cecil Taylor at Montreux Festival in 1974

to look (and listen to) until the end, despite of the bad quality of the movie

08/09/2016

Stoop summit

http://interactive.nydailynews.com/2016/08/story-behind-great-day-in-harlem-photo/#shape59

A brownstone, in decent shape, at 17 E. 126th Street, NYC:
Noella Cotto had no idea that the building she liked as a perfect place had played an historic supporting role in American pop culture when, in 1958, 57 of the coolest cats in jazz assembled there to have their picture taken for a special issue of Esquire magazine.

http://interactive.nydailynews.com/2016/08/story-behind-great-day-in-harlem-photo/#shape59


Really amazing interactive link!

How a Harlem brownstone was immortalized when the living legends of jazz assembled there for an iconic photograph.

thanks to Stephan J. for info

 

02/09/2016

Morton Feldman

 

A fascinating conversation of Morton Feldman with the composer Charles Shere in 1967. (on archiv.org)
Which speaks of John Cage, Karl Marx, Christian Wolff , Stockhausen, Anton Webern... and many others.





Created by the American painter Mark Rothko, Rothko Chapel is a spiritual environment, a space for contemplation where men and women, believers or not, may meditate in silence, in solitude or in a common celebration. In this chapel, built in 1971 by the Menil Foundation in Houston-Texas, Rothko painted fourteen large canvases.





enjoy the amazing 1971 piece "Rothko Chapel"
for soprano, contralto, doble choir & 3 instruments