"Music is the cup that holds the wine of silence. Sound is that cup, but empty. Noise is that cup, but broken.”

Robert Fripp


02/07/2017

Terra ignote ubi sunt leo



Elève d'Alexandre Tcherepnine, Pierre Barbaud (1911-1990) poursuit jusqu'en 1958 une carrière de compositeur "classique". Au début des années 60, il est le premier en France après Lejaren Hiller aux Etats-Unis, à utiliser l'ordinateur pour la composition musicale, avec des oeuvres comme "Factorielle 7" (1960) ou "Saturnia Tellus" (1980).




Après s'être fait une place de 1959 à 1975, dans les locaux de la Compagnie des Machines Bull, qui devient Bull General Electric en 1964, il est admis à titre gratuit à utiliser le calculateur disponible au siège de la société. Il se situe, à cette époque, au cœur d'une rivalité étrangère dans le monde artistique qui deviendra révélatrice d'une certaine politique de l'art en France à cette époque: en 1961-1962, Iannis Xenakis achète en effet du temps de calcul à la compagnie IBM pour réaliser la série des œuvres ST/48, ST/10 et ST/4. Cette rivalité se déplacera ensuite sur le terrain médiatique, mais Pierre Barbaud entretiendra toujours avec le compositeur d'origine grecque des relations courtoises.

Avec l'aide de Roger Blanchard et de Jeanine Charbonnier, il est donc à l'origine du  procédé de "Musique Algorithmique" autour de 1960.

http://ehess.modelisationsavoirs.fr/seminaire/seminaire11-12/04-25jan12-MB+PB/sonorama/sonorama.html


Les difficultés financières de la CII Honeywell Bull auront raison de cette participation et le compositeur deviendra alors chef de projet  à l'Institut de Recherche en Informatique et Automatique (IRIA devenu INRIA en 1979), sorte d'écho au GMAP (Groupe de Musique Algorithmique de Paris) au sein duquel il travailla dans les années 60.


Ici "Terra ignote ubi sunt leo" composition sur bande, avec un titre en latin, 
composée en 1975 pendant les dernières années de sa carrière, 
communément appelées les "années INRIA"




Pierre Barbaud compose également de nombreuses musiques de film, et notamment en 1957 celle du documentaire "Le mystère de l'atelier 15", filmé par Alain Resnais et co-réalisé avec André Heinrich. Ce film traite des maladies professionnelles, il est tourné à l'usine Francolor de Oissel en Seine-Maritime sous forme d'une enquête scientifique pour découvrir l'origine d'un mal mystérieux dont est atteint un ouvrier d'un atelier de l'usine.
La vision cauchemardesque et hallucinée de l'usine, ainsi qu'une construction narrative pleine de suspense font de ce court-métrage un chef d’œuvre du genre.

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